Une (petite) révolution copernicienne ?

Alors que les hexagonaux (et cinéphiles) que nous sommes attendons avec impatience la réouverture des salles, de l’autre côté de l’Atlantique, un grand studio hollywoodien vient de faire ce qui ressemble à une révolution copernicienne et qui pourrait avoir des conséquences majeures. 

Il y a quelques jours, la Warner a annoncé que ses prochains films, ceux qui devaient sortir pour 2020 mais reportés à 2021 pour cause de COVID19, sortirait simultanément sur grand écran… et en streaming, via HBO Max. Une annonce qui n’a pas manqué d’être scrutée et commentée et dont on mesure encore assez mal les répercussions à venir. 

Dans un contexte marqué par une pandémie qui a loin d’avoir rendu les armes, et tout spécialement aux Etats-Unis (merci Trump !), les studios connaissent un moment plus que compliqué dans lequel les salles sont majoritairement fermés et les films à venir sans cesse reportés. La Warner avait bien tenté de tirer son épingle du jeu en maintenant la sortie de Tenet l’été dernier, histoire de donner un coup de fouet à une industrie dans la tourmente. Le succès mitigé du dernier long-métrage de Christopher Nolan mais également la stratégie menée par Disney, Netflix et compagnie l’ont sans doute convaincu de revoir ses plans et proposer cette solution qui se veut équilibrée, du moins sur le papier. 

Cette mesure sans précédent, si elle s’explique par les circonstances exceptionnelles que nous subissons depuis près d’un an désormais, interroge, voire inquiète. Pour certains, la sortie simultanée de certains gros films comme Dune, porte un coup qui pourrait avérer énorme, pour ne pas dire fatal pour les exploitants de cinéma, notamment les indépendants. Après tout, pourquoi s’embêter d’aller dans une salle obscure alors qu’on peut tranquillement se poser devant son écran d’ordinateur et de télé, sans surcout de surcroît ? Un nouveau modèle économique qui ne fait pas l’unanimité aux Etats-Unis et qui pourrait être rapidement dénoncé par les circuits traditionnels en témoigne la déclaration à l’emporte-pièce d’Adam Aron, patron des cinémas AMC, une grande chaîne outre-Atlantique, qui voit dans l’initiative de la Warner, une menace concrète voire immédiate pour son commerce. 

Un multiplex AMC aux Etats-Unis

De son côté, la Warner cherche à temporiser en expliquant que cette mesure ne concerne (pour le moment) que ses gros films qui sortiront l’année prochaine, d’autant qu’ils ne seront que disponibles trente jours sur HBO Max. Une façon de calmer le jeu et surtout rappeler son intérêt pour le grand écran, son cœur de cible. Une initiative qui ne concerne, qui plus est, que les Etats-Unis, la Warner s’étant engagée à diffuser ses films sur grand écran ailleurs dans le monde. Autrement dit, Dune, mais également King Kong vs Godzilla mais surtout le très attendu Matrix 4 devraient bel et bien sortir chez nous à l’ancienne, mais pour combien de temps encore (sous ce format) ? 

Dune (de Denis Villeneuve) et Judas and the Black Messiah (de Shaka King), deux des films de la Warner qui sortiront simultanément en salles et sur HBO Max, l’année prochaine.

Face à ce qu’il convient d’appeler une (petite) révolution copernicienne, il faut avoir raison gardée. Si certains se félicitent à l’avance de la fin possible des salles de cinéma, c’est oublier un peu trop vite leur intérêt économique bien sûr mais aussi social. Comme je le dis assez souvent, une salle obscure, c’est le lieu où on vient partager des émotions collectives, retrouver des sensations qui, par définition, n’existent en aucune façon lorsqu’on est face à son écran. Qui plus est, la stratégie inédite de la Warner, si elle devait s’exporter hors des Etats-Unis, rencontrer quelques garde-fous en particulier, la fameuse chronologie des médias qui, qu’on l’aime ou qu’on la déteste, assure malgré tout un certain équilibre qui profite à tous. La porte de salut du cinéma et des exploitants se trouvera probablement dans l’innovation mais aussi dans une programmation plus diversifiée et ciblée, en clair, saisir de nouvelles opportunités. A ce titre, si la COVID19 a apporté (et apporte) encore son lot d’incertitudes, elle permet également de mettre carte sur table, en suggérant fortement un nouveau mode de développement, qui fait la part belle aux films indépendants et/ou à petits budgets. 

La fin des salles n’est donc pas pour demain, du moins pour le moment ! 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s