Douche froide

Faux départ et grosse amertume. Ce jeudi, le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé le report pour trois semaines au moins de la réouverture des salles de cinéma et théâtres, en raison de la crise sanitaire, malgré des chiffres encourageants qui confirme une tendance à la baisse, notamment sur le plan des admissions en réanimation. 

Bien que la décision était dans l’air du temps, il s’agit là d’une sacrée douche pour tout un secteur qui commençait à entrevoir le bout du tunnel et qui s’apprêtait à mettre fin à un mois et demi de fermeture contrainte et forcée. Tout semblait être prêt au niveau de la programmation mais aussi sur le plan sanitaire avec un protocole revu et renforcé, afin de rassurer les cinéphiles et autres spectateurs et apaiser certaines craintes légitimes. L’annonce du Premier ministre en a décidé autrement.

Bien évidemment, les réactions du monde de la culture et en particulier du cinéma, ne se sont pas faites attendre, elles sont à la hauteur de la brutalité et de l’injustice de la décision mais aussi de l’absence d’empathie de Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, qui une fois encore a démontré toute son inutilité au sein de l’exécutif actuel. De Pierre Niney à Jean Labadie, le patron du Pacte, de Première à Allociné en passant par Richard Patry, le président de la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF), tous sont unanimes pour contester vigoureusement une mesure inique mais surtout incohérente et à terme néfaste pour un secteur en réelle souffrance.

Le message du gouvernement est en effet terrible, bien que son intention reste louable. Une fois encore, soyons clairs ! L’impératif est d’en finir avec un virus sournois et vicieux qui n’en finit pas de chambouler nos vies et celles du personnel hospitalier qui n’en peuvent plus. A ce titre, le monde culturel avait accepté bon gré, malgré les précédentes restrictions et s’était montré plus que coopératif en particulier lors du premier confinement. Une attitude qui par ailleurs avait été salué par le gouvernement qui avait même cité les salles de cinéma ainsi que les exploitants en exemple. 

Une reconnaissance que Jean Castex a purement et simplement piétiné hier soir lors de sa déclaration, provoquant de la colère et de la frustration, en particulier pour le cinéphile que je suis, bien qu’il ne puisse pas être accusé d’avoir floué le milieu culturel. Dans ce contexte si particulier, les cinémas ne battent pas uniquement pour sauvegarder leurs intérêts mais permettre tout simplement à cet art d’avoir (encore) un avenir. Il ne faut pas se mentir, les prochains semaines et mois seront particulièrement compliquées pour le circuit traditionnel face à la frilosité des spectateurs mais aussi et surtout à la férocité des plateformes de SVÀD qui doivent d’ores et déjà se frotter les mains et tenter de récupérer des films qui devaient sortir initialement sur grand écran. 

Le Mk2 Odéon en juillet dernier

Une tendance qui risque d’être la norme si rien n’est fait au lendemain d’une crise qui nous mine tous. Au-delà des messages convenus de compassion du Premier ministre et de la ministre de la Culture, et des messages lyriques du Président de la République, l’heure devrait être à l’action avec la mise en place de mesures concrètes et fortes pour assurer la pérennité d’un secteur qui s’estime méprisé et lésé. Un secteur qui n’arrive pas à comprendre et encore moins à accepter que pendant ce temps-là, on laisse les lieux de culte ouverts ainsi qu’un autre temple de la consommation (à outrance), je veux bien évidemment parler des centres commerciaux, d’autant que nous n’avons aucune garantie quant à une amélioration de la situation sanitaire en janvier. Sur ce point précis, le gouvernement prend très clairement un risque et sait qu’il sera attendu au tournant. 

C’est donc avec incompréhension, peur et incertitude que le monde du cinéma termine brutalement 2020 face à un exécutif à la crédibilité bien entamée et qui vient d’avouer que la culture, le fait de s’évader, ce n’était pas essentiel, c’est même dangereux en ces temps de crise sanitaire. Pour ma part, je tente de rester optimiste malgré tout, même si c’est le réalisme qui me gagne plutôt. Cette douche n’est pas froide, elle est glacée mais nous met en hypothermie ! 

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