Citoyen d’honneur : retour à la source

Mohamed Hamidi est un cinéaste que j’apprécie de plus en plus. Non pas parce qu’il est originaire comme moi de Bondy mais parce que son cinéma se veut drôle comme sujet à réflexion avec des valeurs à la clé. Dans ses films, il y a toujours quelque chose de poétique, ce qui rend l’histoire singulière et agréable à regarder.

Après Né quelque part, La Vache, Jusqu’ici tout va bien et Une Belle Équipe, son nouveau film ne devrait pas déroger à la règle. Nous sommes à Paris. Samir Amin est un écrivain renommé. Ses livres sont des succès et sa plume recensée au point qu’il vient de recevoir le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de ses œuvres. Cet homme, qui vit à Paris, devrait être comblé. Pourtant un an après, Samir doute. Son nouveau livre se fait attendre, l’énergie des débuts n’est plus tellement là et refuse toutes les sollicitations qui lui sont faites. C’est alors que la collectivité de Sidi Mimoum, une commune située en Algérie, souhaite l’inviter afin de le faire « citoyen d’honneur ». Samir, qui n’était pas retourné dans son pays natal plus de 35 ans, accepte de s’y rendre. 

Citoyen d’honneur met en scène un Kad Mérad qui revient après plusieurs décennies sur la terre de ses ancêtres. Samir vit en France et retrouve une Algérie rurale partagée entre émancipation, conquête de nouvelles libertés mais également un conservatisme certain non pas de la population mais plutôt des autorités. Cet affrontement, le romancier le remarque assez nettement lors de son séjour, un moyen également pour lui de se rappeler ses propres combats lorsqu’il fut lui-même un leader étudiant, manifestant contre le régime à la fin des années 1980. 

Ce voyage en Algérie constitue un véritable retour aux sources pour un homme qui n’avait plus mis les pieds dans son pays natal depuis plus de trente ans. Voyage initiatique, il est également intime, l’homme étant guidé par Miloud, un employé de la mairie haut en couleurs, et surtout son ancien voisin lorsqu’ils étaient enfants. Samir retrouve une Algérie bien différente de celle qu’il a quitté et surtout des Algériens qui le sont tout autant, même si certains clichés semblent avoir la vie dure. Cette évolution, il la voit à travers Selma, cette étudiante de vingt ans qui est la porte-voix de ses camarades, dans un contexte encore marqué par le hirak – la révolution ayant conduit au départ d’Abdelaziz Bouteflika du pouvoir en 2019. 

Un retour qui ne fait que des heureux toutefois et qui suscite même une certaine jalousie. Si en effet, Samir a brillement réussi sa carrière d’écrivain, n’est-il pas celui qui a profité de sa ville et de ses habitants pour devenir ce qu’il est ? C’est du moins ce que pensent certains qui n’hésitent pas à lui faire savoir. Qu’à cela ne tienne, Samir entend bien renouer avec son pays et il compte bien en profiter.

Remake du film argentin éponyme sorti en 2017, Citoyen d’honneur ne déroge pas à la règle. On rigole mais on est aussi concerné par l’entreprise menée par Samir, plus tellement du coin mais pas totalement étranger non plus. Un double-regard donc à l’instar de celles et ceux qui vivent dans un autre pays depuis des années et qui ont, immanquablement, un regard différent du leur des années après.

Citoyen d’honneur

Un film de : Mohamed Hamidi

Avec : Kad Merad, Fatsah Bouyahmed, Oulaya Amamra, Brahim Bouhlel, Zinedine Soualem, Soumaya Akaaboune, Anne-Elisabeth Blateau, Jamel Debbouze…

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Durée : 1h36

Sortie : 14 septembre

Note : 14/20

[BONUS] Puisque je vous parlais du film original, vous pouvez retrouver sa bande annonce en cliquant ci-dessous ! 😉

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