Un autre monde : variable(s)

Stéphane Brizé est un homme engagé, du moins un homme de convictions. C’est le sentiment que j’ai lorsque je découvre ses films. 

Après La loi du marché en 2015 et En guerre, deux ans après, la réalisateur poursuit son décryptage du monde du travail, de sa vision réaliste et pas forcément heureuse, mais volontiers cynique. Nous sommes dans une ville de province. Philippe Lemesle est cadre chez Elsonn, une entreprise américaine cotée en bourse. La société se porte bien, voire très bien, elle a réalisé d’importants bénéfices, les années passées. Cette bonne et insolente santé n’empêche pas les hauts dirigeants de son entreprise de mettre en place un plan d’économies, comprendre des licenciements. A la demande de Claire Bonnet Guérin, la PDG de la filiale française, Philippe doit supprimer 58 postes. Une requête qui, sur un plan comptable est tout à fait réalisable, n’est pas sans conséquence sur l’organisation même de son usine. D’autant que durant ce temps, Philippe est en instance de divorce, la pression au travail ayant eu raison de sa vie de famille. 

Comme je l’écrivais précédemment, Stéphane Brizé est un homme engagé. C’est aussi un homme qui continue à s’intéresser au monde du travail et à ses travers, cette réalité que l’on connaît (du moins que certains connaissent) mais qu’on tente plus ou moins d’esquiver, tant elle n’est vraiment pas agréable à voir. Cette réalité, c’est celle de Philippe. Ce cadre gagne très bien sa vie et donne des résultats à son entreprise. Ce qui n’empêche pas ses patrons à lui demander de faire le sale boulot, virer les gens pour assurer la bonne santé de l’entreprise et surtout grossir encore un peu plus le portefeuille des actionnaires et autres fonds de pension. En bon soldat, Philippe, qui s’est toujours dévoué et montré loyal à son entreprise, s’exécute. 

Toutefois, comment réaliser ce qu’on vous demande quand vous savez qu’une telle mesure ne sera pas sans conséquences sur vos employés ? Philippe a beau alerter sa hiérarchie sur les risques au niveau de la rentabilité ou même sur les conditions de travail, il est en réalité pris entre le marteau et l’enclume. Loyal envers les dirigeants, il doit l’être aussi envers ses salariés qui de l’ouvrier en passant par le chef d’unité, continuent à subir d’importantes cadences qui pèsent sur leur bien-être. Le malaise est là, Philippe sait que si le plan social est connu, cela peut être particulièrement explosif. L’homme, qui a tout donné à son entreprise, au risque d’avoir sacrifié sa famille, sait qu’il est à la croisée des chemins. 

Mené une nouvelle fois par Vincent Lindon, Un autre monde dépeint cette vision réaliste et incapable du monde du travail que je vous exposais en début de critique. Certains diront que c’est convenu, prévisible mais la vision de Stéphane Brizé est non seulement pertinente mais surtout salutaire. On pourra toujours regretter le rythme assez lent mais en même temps, on n’est pas vraiment dans le thème de la comédie sociale, voire de la comédie tout court. Ce n’est, en effet, pas tellement le genre de la maison ! 

Un autre monde

Un film de : Stéphane Brizé 

Avec :  Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Anthony Bajon, Marie Drucker, Joyce Bibring…  

Pays : France

Genre : Drame

Durée : 1h37

Sortie : 16 février

Note : 13/20

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