La (nouvelle) chronologie des médias

C’est un serpent de mer qui surgissait durant plusieurs années et qui a même donné quelques sueurs froides à l’industrie cinématographique tant les enjeux, mais également les conséquences étaient particulièrement élevées. Un serpent de mer qui devrait retourner là d’où il vient et se tenir tranquille pour quelques temps, du moins sur le long-terme !

Le 24 janvier dernier, le Ministère de la Culture et de la Communication, Netflix, Amazon, TF1, M6, France Télévisions et Canal Plus ont signé un nouveau protocole d’accord relatif à la chronologie des médias, une chronologie particulièrement raccourcie. Désormais, Canal Plus pourra diffuser à ses abonnés, un film sorti en salles en salles il y a six mois seulement (contre huit précédemment et douze en 2018), un délai passé de 36 à 15 mois pour Netflix. Délai en revanche inchangé pour les chaines hertziennes qui devront toujours attendre 21 mois avant d’inscrire sur leur grille des programmes, un long-métrage passé par la case cinéma. 

Ce nouvel accord semble satisfaire tout le monde à première vue. Tout d’abord, Canal Plus qui conserve sa position de choix et détient la première exclusivité. De son côté, Netflix n’a pas tellement à rougir de l’accord d’autant qu’il réduit largement son temps d’attente, ce qui lui permet de conserver une certaine attractivité. Enfin, les chaines de télévision y trouvent aussi leur compte, dans la mesure où elles récupéreront l’exclusivité de diffusion des films, histoire qu’ils ne se retrouvent pas en concurrence directe et frontale avec les plateformes. 

Un accord qui reste toutefois bancal, du moins un peu bancal. En effet, si Netflix et Canal Plus tirent habilement leur épingle du jeu, d’autres joueurs regrettent un tel deal qui, selon eux, les pénalisent. C’est le cas de Disney qui, au passage, n’a pas signé le protocole qu’il juge trop favorable aux chaines de télévision. A ce titre, la tentation de diffuser exclusivement ses prochaines productions sur sa propre plateforme demeure forte – d’autant que cela constituerait une occasion en or d’étoffer le catalogue – mais c’est oublier que la France est un marché important pour Mickey Mouse et tout particulièrement ses salles de cinéma. Il est dès lors, fort probable que Disney finira par mettre de l’eau dans son vin, si elle veut aussi profiter de cette nouvelle chronologie des médias, moyennant des contreparties non-négligeables mais largement surmontables.

Cette nouvelle chronologie des médias demeure, pour moi, un compromis assez honnête et au final, acceptable pour tous. En effet, dans un contexte où les plateformes se sont progressivement imposées et ont gagné en part de marché – en raison notamment de la crise sanitaire – il devenait plus que nécessaire pour l’industrie cinématographique de réfléchir à une évolution du système tout en préservant ses intérêts mais également le sacrosaint principe d’exception culturelle. Le protocole signé le 24 janvier dernier le permet, à cet égard et devrait permettre également à l’industrie du cinéma de conserver des revenus devenus plus que nécessaire. 

Pour le consommateur, amateur et gros cinéphile que je suis, c’est également une aubaine, du moins je le vois plutôt d’un bon œil. Abonné à Canal, mais aussi à Netflix, Amazon et Disney (la quasi totale quoi), c’est une occasion supplémentaire de voir les films que j’ai raté dans les salles obscures plus tôt, étant dès lors moins frustré. Il faut dire que la façon de consommer du contenu ayant évolué, cette nouvelle chronologie ne fait que s’adapter au final afin qu’elle reste dans le coup. 

Une nouvelle chronologie qui n’est toutefois pas figée puisqu’une clause de revoyure a été intégrée au protocole. Il n’est dès lors pas impossible de voir Disney ou encore Netflix revenir à la charge et de tenter, une fois encore, de tirer leur épingle du jeu. Prévisible mais au bout du compte, logique ! 

2 commentaires sur “La (nouvelle) chronologie des médias

  1. Il me semble qu’en Belgique, cette chronologie est moins figée. Surtout vis-à-vis des plateformes. En tout cas, c’est assez dingue de voir débarquer de gros films sur Disney+ comme « Encanto » ou les derniers Marvel quelques semaines à peine après leur sortie en salle.

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    1. Effectivement, il y a plus de souplesse. Toutefois, le système français a aussi son avantage, car il protège aussi et surtout les exploitants indépendants qui diffusent des films, c’est leur gagne-pain. La réforme récemment mise en place me semble équilibrée par conséquent.

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