Suprêmes : Si NTM m’était conté…

NTM. Trois lettres qui résument à elles-seules, l’âge d’or du rap et du hip-hop français. Trois lettres derrière lesquelles se cachent deux personnages hauts en couleur avec leur énergie débordante mais également leurs excès multiples, très souvent médiatisés. Un groupe qui a marqué la décennie 1990 et qui reste toujours aussi mythique.

Tout commence en 1988 à Saint-Denis. Bruno et Didier sont potes. Leur quotidien ? La cité, les flics et un certain désœuvrement. Cette frustration et colère naissantes, plutôt que l’exprimer via des actions violentes, c’est par les textes et la musique qu’ils les décrivent. Avec un style tranchant et acéré, ils sont rapidement repérés par un impresario. Bruno et Didier, respectivement Kool Shen et JoeyStarr, viennent de lancer NTM, un groupe qui va connaitre une ascension fulgurante dans un contexte marqué – déjà – par la crise des banlieues.

Suprêmes, c’est l’histoire non pas de NTM mais plutôt d’une époque, celle de la fin des années 1980 et du début des années 1990 marquées par une crise sociale et morale particulièrement fortes dans les banlieues notamment à Lyon (Vaulx-en-Velin) et en Ile-de-France (Mantes-la-Jolie). D’ailleurs, c’est ce que précise Audrey Estrougo, la réalisatrice du film. Bruno/Kool Shen et Didier/JoeyStarr ne sont que des témoins privilégiés de cette époque et c’est à travers eux que l’on découvre une réalité déjà peu reluisante, même si, bien évidemment, le film se concentre sur les premières années de NTM. De 1989, date de leurs premiers concerts dans Maisons de la Jeunesse et de la Culture (MJC) au Zénith de Paris en 1992, en passant par la sortie de leur premier album Authentik, on vit l’évolution d’un collectif mené par deux fortes personnalités aussi complémentaires que différentes. Si KoolShen est un peu la tête pensante, JoeyStarr se distingue pour son côté un peu fort en gueule, une manière sans doute de compenser avec un manque de rigueur – du moins une certaine désinvolture – mais aussi des blessures secrètes et profondes. Parmi elles, son rapport plus que conflictuel avec un père qui ne cesse de le rabaisser, pour ne pas dire le mépriser totalement. Didier souffre de ce mépris certain et tente malgré tout d’avoir, ne serait-ce qu’un minimum de reconnaissance de ce père décidément si distant.

Aussi, JoeyStarr et Kool Shen sont, un peu malgré eux, les porte-paroles d’une réalité qu’ils ne connaissent que trop bien et face à laquelle les responsables politiques de tout bord, préfèrent fermer les yeux. L’émergence de NTM sera l’occasion de rentrer de façon frontale avec cette « autre France » tout en sortant progressivement de leur zone de confort, notamment à travers les tournées. Ce statut nouveau ne s’assumera cependant pas sans heurts, en particulier pour JoeyStarr qui ne pensait pas nécessairement à faire carrière dans la musique.

Avec près de deux heures au compteur, Suprêmes détient par son rythme mais également l’incroyable jeu d’acteurs de Sandor Funtek et Théo Christine qui incarnent un Kool Shen et un JoeyStarr plus vrai que nature. Rageux sans être rageur, le film d’Audrey Estrougo se veut un clin d’œil à la France de 2021, notamment en ce qui concerne la question des banlieues, comme si tout était déjà écrit et que ce n’est pas faute d’avoir été prévenu !

Suprêmes

Un film de : Audrey Estrougo

Avec : Théo Christine, Sandor Funtek, Félix Lefebvre, César Chouraqui, François Neycken, Vini Vivarelli, Jean-Louis Loca…

Pays : France

Genre : Musical, Biopic

Durée : 1h54

Sortie : 24 novembre

Note : 17/20

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