Soeurs : exposer le passé, s’exposer au passé

Chaque famille a ses histoires. Des histoires plus ou moins graves, plus ou moins heureuses, plus ou moins inavouables. Toujours est-il qu’elles laissent des traces, des années, bien des années plus tard. 

Zohra, Norah et Djemila sont trois sœurs au parcours divers. Si l’ainée est devenue metteuse en scène et la cadette, élue locale, la benjamine peine encore à trouver sa voix et à se trouver tout court. Toutes les trois partagent un événement et un pays majeur : l’Algérie. Lors de la guerre d’indépendance, leurs parents, militants actifs du Front de Libération Nationale (FLN) avaient mené plusieurs actions contre l’armée française aussi en Algérie qu’en France. C’est justement du côté de Saint-Quentin qu’Hassan et Leïla poursuivent le combat. La lutte est dure, elle est sans pitié, elle n’est surtout pas sans conséquences. Durablement marqué, Hassan se radicalise et les tensions s’exacerbent au sein de la famille. Un jour, le père commet l’impensable. Il kidnappe Djemila et Rheda, le dernier de la fratrie. Si Djemila est récupérée par sa mère, ce n’est le cas pour son frère. Une blessure profonde qui s’ouvre des décennies plus tard lorsqu’Hassan est victime d’un AVC. A la demande expresse de leur mère, les trois sœurs se rendent dans leur pays d’origine, à la recherche de ce frère qu’ils n’ont pratiquement jamais connu, dans un contexte le peuple algérien se soulève et demande une remise à plat du régime…

La France et l’Algérie ont une histoire intime, faite d’amour, de nostalgie mais aussi de haine et de violence, je ne vous apprends rien et sur ce point, la filmographie est assez vaste sur ce point. C’est cette histoire que Yamina Benguigui raconte vingt ans après Inch’Allah Dimanche, son premier long-métrage. Comme écrit précédemment, Zorah, Norah et Djemila ont trois parcours de vie différents. Une vie qui, elle fut dominée par l’Algérie et les souvenirs de la guerre d’indépendance, s’est construite en France sous le regard d’un papa dévoué à la cause. Un dévouement total pour lequel il n’hésitera pas à tout sacrifier et à se montrer sans aucune concession notamment envers ses filles. Tel un soldat, il considère la France comme une terre étrangère et ses enfants doivent penser de même. 

Toutefois, Leïla exprime autre chose, ce qui ne peut que mener au clash, vif et violent. Les enfants sont au sens propre comme figuré pris en otage et seront durablement marqués car cet épisode douloureux. Face à cette douleur, les trois sœurs ne réagissent pas de la même manière et s’expriment différemment. L’absence du frère est une déchirure, longtemps restée silencieuse, mais qui se réveille comme si la grande Histoire – celle du Hirak, la révolution populaire ayant mené à la démission du président Bouteflika en 2019 – ne voulait pas oublier la « petite », celles de ces familles dans lesquelles un enfant fut emmené de force par l’un des deux parents en Algérie, sous l’indifférence quasi-générale. 

C’est cette histoire que Yamina Benguigui a voulu rappeler, partie intégrante des relations tumultueuses entre la France et l’Algérie. Une histoire qui touche directement nos trois sœurs qui, malgré ce rapport amour-haine, savent qu’elles doivent littéralement aller à la source pour clore le passé et enfin envisager l’avenir avec sérénité. 

Soeurs

Un film de : Yamina Benguigui  

Avec :  Isabelle Adjani, Rachida Brakni, Maïwenn, Hafsia Herzi, Rachid Djaidini, Faïza Guène… 

Pays : France

Genre : Drame

Durée : 1h40

Sortie : 30 juin 

Note : 14/20

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