La décision de trop

Il fallait s’y attendre, les annonces de Jean Castex passent très mal auprès des professionnels du cinéma et du monde de la culture en général qui ne comprennent pas ce nouveau tour de vis imposé par le gouvernement. Très vite, en effet, nombreux sont les artistes, réalisateurs et autres qui ont exprimé leur inquiétude et leur colère légitime quant à la prolongation de la fermeture des lieux culturels jusqu’à début janvier au moins. Du côte de l’opinon publique, 56% des Français interrogés ont exprimé leur désapprobation. Seul son de cloche discordant, celui de Matthieu Kassovitz qu’on a connu plus vindicatif et engagé dans le passé (comme quoi, le macronisme, ça peut vous changer un homme !)

C’est un véritable cri du cœur qu’exprime toute une industrie qui, je le rappelle une nouvelle fois, ne cherche pas de traitement de faveur, bien au contraire ! Durant les mois précédents, ils ont fait preuve d’une résilience remarquable, en s’adaptant dès que possible afin de maintenir une fréquentation qui peinait encore à reprendre des couleurs mais qui semblait aller progressivement sur la bonne voie, en témoigne les chiffres de fin octobre. Bien aidés par le succès des certains films, notamment le bien-nommé Adieu les cons d’Albert Dupontel, les exploitants pouvaient espérer une fin d’année moins rude aussi bien financièrement que psychologiquement. L’annonce de Matignon mais surtout l’attitude d’une ministre de la Culture décidément hors-jeu ruine profondément tout espoir de relance. 

A ce propos, la Société des Réalisateurs Français (SRF) tout comme la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) ont rappelé une évidence, pour celles et ceux qui en doutaient encore. L’industrie du cinéma, c’est près d’un million d’emplois direct et indirect mais également des films indépendants qui mènent tout un parcours du combattant pour voir leur projet arriver à terme. Non, Mathieu Kassovitz, le cinéma français ne se résume pas (seulement) à Gaumont/Pathé et la famille Seydoux et dire un propos de la sorte, c’est cracher à la figure de cinéastes qui prennent parfois sur leur denier personnel pour concrétiser un long-métrage en gestation depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaine d’années ! 

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture et de la Communication, en entrevue avec Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFM TV, le 11 décembre 2020

Cette colère froide et profonde risque bel et bien de provoquer une crise de confiance durable entre le monde de la culture et un gouvernement qui même, s’il n’a pas pris en traite le premier, se trouve quand même en porte-à-faux, d’autant que le prolongement des salles closes a été, selon toute vraisemblance, sans la moindre concertation, ce qui est en soi dramatique. Comment, en effet, exprimer son énième soutien à la culture et faire preuve de compassion, lorsque dans le même temps, on maintient l’ouverture des cultes et autres centres commerciaux, qui comme tout le sait, brassent bien plus de monde qu’une salle de cinéma ? L’attitude passive voire décalée de Roselyne Bachelot (qui aurait mieux fait de prendre ses responsabilités plutôt de boire le calice jusqu’à la lie) mais aussi l’absence d’horizon à court terme (confirmé par le fait que le 7 janvier ne constitue pas en réalité un retour à l’ouverture mais une révision de la situation) achève de donner la moindre crédibilité à l’actuel exécutif, une crédibilité de toute façon bien entamée. 

D’autant que le monde du cinéma devra, une nouvelle fois, faire preuve d’imagination mais aussi trouver toute l’énergie nécessaire pour susciter à nouveau l’intérêt des salles et attirer le plus grand nombre de public, ce qui suppose toute une stratégie en matière de communication, ce qui coûte bien évidemment de l’argent, un luxe que tout le monde ne peut plus se permettre. C’est toujours bon de le rappeler mais on n’ouvre pas une salle de cinéma comme on ouvre un salon de coiffure ou une auto-école, il y a toute une préparation à mener et ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le secteur s’était satisfait d’une réouverture le 15 décembre, histoire justement de relancer la machine sans encombres !

Il est fort à parier que la décision de Jean Castex – couplée au comportement nonchalant et surtout peu convaincant de Roselyne Bachelot qui n’est plus à une couleuvre près à avaler – fut la décision de trop, celle qui risque de provoquer un avant et un après. Signe surtout que la culture n’est décidément pas une priorité pour l’exécutif actuel qui n’a pas compris que sauvegarder le septième art, c’est aussi sauver des vies, à terme ! 

2 commentaires sur “La décision de trop

  1. Je ne comprends tellement pas cette décision, mais ce n’est malheureusement pas une surprise…Clairement, il y a pourtant plus de gestes barrières au cinéma quand dans les magasins, quand tu vois la cohue qu’il peut y avoir ! Et cette fameuse phrase prononcée par madame Bachelot m’a clairement fait grincer des dents, on a la sensation qu’elle s’en moque complètement, un manque de respect total…

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    1. Effectivement ! Comme je l’ai dit et vérifié par moi-même, les conditions de sécurité sont rigoureuses et respectées par le plus grand nombre, et contrairement à ce que prétend la ministre inutile de la Culture, on peut maîtriser les flux dans un cinéma, plus que dans un centre commercial ! Cette attitude nonchalante est choquante mais à au moins un mérite : celui du mépris affiché par le gouvernement pour la culture en général et le cinéma en particulier !

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