Petit pays : la fin de l’innocence

Le passage de l’enfance à l’âge adulte n’est pas toujours évident, je ne vous apprend rien. Il se fait plus ou moins en douceur, toujours est-il qu’il marque la fin de l’insouciance et même de l’innocence. 

Gabriel le sait mieux qui quiconque, d’autant que les circonstances sont bien tragiques. Nous sommes en 1992. Gabriel a une dizaine d’années et il vit à Bujumbura, la capitale du Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère, originaire du Rwanda voisin et sa sœur Ana. Il mène une existence privilégiée et fait les 400 coups avec ses camarades. Cette tranquillité est cependant mise à mal par le contexte politique immédiat. Les tensions entre Hutus et Tutsis s’exacerbent au point qu’elles divisent profondément le pays jusqu’au point de non-retour. Face à la montée des périls, Gabriel perd peu à peu son innocence et se trouve plongé dans une réalité très brutale qui trouve son point d’orgue en avril 1994, date du génocide rwandais. 

Tiré du roman éponyme de Gaël Faye, Petit pays n’est pas une histoire vraie mais cela aurait être le cas tant qu’elle évoque un épisode sombre et glaçant de notre histoire contemporaine. Gabriel est un garçon insouciant qui n’a peur de rien, et qui est à mille lieux de se douter des bouleversements qui vont suivre. Il faut dire qu’il est dans un milieu plutôt protecteur, celui des expatriés. Le Burundi, c’est son pays (de naissance), il s’y sent bien et pour rien au monde, il quitterait cet havre de paix. La réalité politique finit par le rattraper et modifie profondément son équilibre. Le conflit entre Hutus et Tutsis n’épargne personne et tout particulièrement sa famille et notamment sa mère, Yvonne mais aussi son groupe d’amis. 

Dans ce contexte lourd et particulier, le spectateur voit l’évolution d’un petit garçon qui fait face à l’horreur indicible mais également son impuissance. Impuissance face à l’affrontement inéluctable bien sur entre Hutus et Tutsis bien sûr, mais impuissance également face à ses parents qui se déchirent. Gabriel a beau faire les 400 coups, il n’en reste pas moins un garçon qui vit mal (tout comme sa sœur) les tensions qui existent entre son père et sa mère et qui se trouve pris entre deux feux. C’est à ce prix que Gabriel sort de l’enfance, une sortie pour autant sèche et brutale. 

Touchant et mélancolique, Petit pays raconte l’histoire d’un déracinement contraint et forcé d’un jeune garçon, exposé à la violence des adultes, sous toute ses formes. En dépit d’un rythme assez lent, on est rapidement captivé par ce récit qui revient également sur un autre aspect du génocide rwandais et des tensions qui ont également touché le Burundi. Plus de vingt-cinq ans après, la douleur est encore vive et c’est douleur que le réalisateur réussit à retranscrire à travers le regard d’un enfant incarné par le très bon, Djibril Vancoppenolle.

Petit pays 

Un film de : Eric Barbier

Pays : France

Avec :  Jan-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina, Isabelle Kabano, Tao Monladja… 

Genre : Drame

Durée : 1h53

Sortie : le 28 août

Note : 16/20

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