Le COVID19 va-t-il (vraiment) tuer le cinéma ?

Foyer de Coronavirus dans le departement de l'Oise
Le cinéma de Senlis (Oise), fermé en raison de la crise du COVID19

C’est la question que certains se posent légitimement avec la fermeture prolongée des salles de cinéma et autres multiplexes. L’industrie cinématographique aura-t-elle suffisamment de résilience au lendemain de cette crise sans précédent ? Certains ont déjà la réponse (toute faite) à cette question, à l’instar de Jean-Michel Frodon.

Le journaliste, critique de cinéma pour Le Monde, livre une analyse assez pessimiste, pour ne pas dire sombre. Selon ce dernier, la question n’est pas de savoir si l’industrie cinéma survivra à la crise (du moins à court terme) mais si les personnes comme vous et moi auront toujours à cœur d’aller s’enfermer dans une salle obscure dans un contexte où le virus, à défaut d’être éradiqué, ne sera jamais loin, même tenu à distance. En clair, la question du désir, de l’envie d’aller voir un film quand on sait qu’on peut tout à fait l’assouvir en restant chez soi grâce à la magie de la VàD.

Le COVID19 porte un coup très dur au cinéma, cela est un fait et depuis quelques semaines, les studios s’adaptent tant bien que mal afin de ne pas subir cette dure et implacable loi. Les films sont reportés voire pour certains atterrissent en VàD – c’est le cas notamment de Forte, le film de Katia Lewkowicz, avec Melha Bedia et Valérie Lemercier, qui devait sortir le 18 mars dernier, disponible depuis le 15 avril sur Amazon –  et certaines perspectives, sans pour autant être pessimistes, n’incitent pas non plus à un franc et net optimiste. Un nombre non négligeable de salles et de circuits indépendants risquent de connaître des lendemains très compliqués, surtout en l’absence d’un soutien net et massif des pouvoirs publics. Qui plus est, l’annulation probable de l’édition 2020 du Festival de Cannes (du moins dans sa forme habituelle) ainsi qu’une nette baisse à venir de la fréquentation dans les salles obscures mais également la mise en pause (voire l’arrêt) de futurs projets ne peuvent que noircir un tableau assez chargé.

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Promotion de « Mulan » en Chine, le film devant sortir le 25 mars dernier en France. Il est (pour l’heure) reprogrammé à la second quinzaine de juillet.

Toutefois, l’énorme crise sanitaire à laquelle nous sommes tous confrontés depuis plusieurs semaines peut constituer une chance pour le cinéma et même s’avérer un atout notamment dans sa concurrence avec les plateformes de téléchargement et autres VàD. Rappelons une fois encore que la cinéma, c’est avant tout, une expérience individuelle et collective à la fois. La salle obscure est un lieu de socialisation, c’est le lieu où certains aiment se retrouver après le travail, seul ou à plusieurs. C’est le lieu où on retrouve ses amis et le lieu où on y va avec sa compagne et/ou ses enfants, histoire d’effectuer une sortie tous ensemble. En clair, un lieu de vie que Netflix, Amazon et cie ne peuvent reproduire et un argument en or pour les boites de production. En effet, il est, par exemple, pour Disney, beaucoup plus rentable de diffuser la version live de Mulan sur grand écran plutôt que de la rendre immédiatement dispo sur sa propre plateforme, quitte à attendre que l’orage passe et donc décaler la sortie de ce film très attendu. A ce propos, les paroles d’un des porte-parole de la firme – « Nous croyons vraiment en l’expérience du cinéma »  – sont sans équivoque.

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Les cinémas l’ont bien compris dans ce contexte anxiogène et savent également qu’ils seront jugés sur leur capacité d’adaptation, ce qui supposera dans un premier temps de rassurer les gens. A ce titre, l’ensemble des circuits avait déjà pris leurs dispositions en appliquant les gestes barrières au sein de leurs salles et il est fort à parier qu’elles resteront en vigueur, une fois la réouverture des cinémas, du moins à court et moyen terme. Les cinémas devront également faire preuve d’innovation et démontrer leur capacité d’attraction, en clair susciter ce désir, cet envie de se faire une toile comme l’explique Jean-Michel Frodon. A ce titre, il est tout à fait envisageable qu’une grande opération du type « la Fête du cinéma » puisse être envisagée au second semestre 2020, afin de soutenir l’industrie mais marquer une sorte de renouveau, de résilience.

Autant dire que les semaines et mois à venir seront synonymes de défi pour l’industrie, un défi surmontable néanmoins. Un défi d’autant plus surmontable que selon Le Film français, 52% des français interrogés souhaitent aller au cinéma, une fois le déconfinement totalement levé et les salles autorisées à rouvrir.

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