Les misérables : les yeux dans les yeux

5875477.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLa France, la banlieue, le cinéma. Ce trouple (ménage à trois si vous préférez) existe depuis plusieurs années, vu le nombre de films dédiés. Quel que soit l’angle pris – sur le ton de comédie ou du drame – c’est toujours le même constat : il existe des gens en périphérie qui ne sentent pas comme des Français à part entière et il faut que cela change. Sociologues, universitaires, politiques… tous (ou presque) rivalisent de promesses et de déclarations chocs afin de faire bouger les lignes.

Le long-métrage de Ladj Ly entre dans cette catégorie de films « coup de poing », rapidement encensés par la critique. Les Misérables raconte le destin croisé de trois policiers. Stéphane débarque à Montfermeil. Venu tout droit de sa Basse-Normandie natale, il est venu renforcer les effectifs de la Brigade Anti-Criminalité, la fameuse BAC, dans un contexte où l’équipe de France de football vient de remporter sa seconde Coupe du monde. Il fait équipe avec Chris et Gwada, deux flics qui ont grandi dans cette ville de Seine-Saint-Denis. Entre Clichy-sous-Bois et Montfermeil, ils inspectent à longueur de journée dans des quartiers où la tension est palpable, notamment celui des Bosquets. C’est lors d’une intervention plutôt musclée – un ado est arrêté pour avoir volé avec ses camarades, le lionceau d’un cirque qui s’est arrêté dans la commune – que tout bascule. Stéphane, Chris et Gwada sont débordés et dérapent. C’est en toute logique qu’ils cherchent à éviter le scandale à tout prix. Sans se douter qu’un drone a filmé leurs moindres faits et gestes.

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Quand on parle de la banlieue, il y a toujours un écueil dans lequel on tombe souvent, à savoir les policiers sont (forcément) les méchants et les habitants des quartiers – notamment les jeunes – une population en déshérence, victime de la répression. Ladj Ly, lui-même natif de Montfermeil, n’est pas tombé dans ce piège facilement tendu. Il décrit une vision réaliste des quartiers, ces territoires où la République et les services de l’Etat ont laissé la place aux fameux « Grands Frères » puis Frères musulmans qui, en échange d’un prosélytisme qui ne se cache même plus, tente de canaliser les jeunes et où la police tente tant bien que mal de faire son boulot bien aidée par une municipalité qui préfère déléguer à des deux, trois anciennes frappes de la cité contre rémunération.

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C’est dans ce contexte que Stéphane, Chris et Gwada évoluent et dans lequel on devine qu’ils sont tous les trois sur le fil du rasoir. Encore une fois, Ladj Ly ne cherche pas à donner les bons ou les mauvais points mais à décrire une réalité, ou plutôt deux solitudes. En effet, si Gwada et surtout Chris ne sont pas loin de franchir la ligne jaune (voire l’ont allégrement dépassée), une scène-clé montre que derrière l’image du flic et de l’autorité, se cache des hommes fragiles. Etre flic pour eux, c’est – normalement – un gage de respect mais c’est plutôt une tare pour les jeunes qui ne cessent de les défier mais qui sont eux, aussi, fragiles. Ces jeunes, s’ils se montrent insolents avec les forces de l’ordre, s’estiment avant tout comme Français, comme le rappelle la scène d’ouverture où ils se rendent dans les rues de Paris pour soutenir les Bleus et célébrer leur victoire. L’interpellation de l’un des leurs les rappellera à une cruelle réalité.

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Deux mondes qui ne connaissent pas, ne se comprennent pas et surtout ne se respectent pas, ce qui rend l’explosion inévitable, comme en témoigne la dernière scène du film, sans doute un clin d’œil assez remarqué à La Haine de Mathieu Kassovitz qui a révélé Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui. A l’époque aussi, en 1995, les critiques ne tarissaient pas d’éloges sur ce long-métrage « dur », véritable « coup de poing », « cri d’alerte » sur la situation en banlieue. Il se dit même que l’actuel Président de la République, Emmanuel Macron, bouleversé par le film de Ladj Ly, a dépêché le gouvernement d’agir afin d’améliorer les conditions de vie dans les quartiers. Qu’importe que l’ancien ministre Jean-Louis Borloo ait fait un livre blanc sur le sujet, un livre rapidement rangé dans les tiroirs !

L’histoire, un éternel recommencement ?

Les Misérables

Un film de : Ladj Ly

Pays : France

Avec : Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly…

Genre : Drame, Policier

Durée : 1h44

Sortie : le 20 novembre

Note : 16/20

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