J’accuse : honneur et déshonneur

[AVERTISSEMENT]

Mon précédent article a – et c’était tout à fait prévisible – fait l’objet de plusieurs réactions positives comme négatives aussi bien en commentaires publics que privés. Je ne reviendrai pas sur la polémique en cours, à savoir s’il faut ou non voir le dernier Polanski, je me suis déjà exprimé sur ce point. Bien évidemment, libre à chacun, en fonction de ses convictions, d’aller au cinéma ou non. Toujours est-il que mon choix d’aller voir J’accuse ne vaut en aucun cas soutien tacite à Roman Polanski qui, un moment ou un autre, devra répondre des accusations qui sont portées contre lui. Laissons faire la justice, nous sommes dans un Etat de droit, il est toujours aussi bien de le rappeler. Le cinéphile que je suis ne reviendra pas sur la polémique et se concentrera sur le film en lui-même qui a ses qualités mais aussi (et surtout) ses défauts. Fin.

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4194086.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLe contexte politique et social que connait notre pays est assez particulier, à se demander si parfois, l’Histoire, à défaut de se répéter, balbutie. C’est un peu le sentiment que l’on a lorsqu’on découvre le nouveau projet de Roman Polanski qui revient sur un épisode de l’Histoire de France qui a profondément divisé notre pays mais aussi montré son rapport pour le moins ambivalent face à l’antisémitisme.

Nous sommes en janvier 1895. Le capitaine Alfred Dreyfus, condamné pour espionnage au profit de l’Allemagne, est dégradé par l’armée et est envoyé en Guyane pour purger sa peine sur l’Ile du Diable. C’est la fin d’un procès et d’une enquête pour laquelle tout semble accuser l’ancien militaire. Pourtant certains commencent rapidement à douter de la culpabilité de Dreyfus, à commencer par le colonel Picquart. Ancien professeur de Dreyfus, ce catholique originaire d’Alsace détecte plusieurs zones d’ombres, et de nombreuses incohérences. C’est en toute logique qu’il prévient sa hiérarchie d’un possible scandale. Mais face au danger, la Grande muette préfère rester fidèle à sa réputation. Elle préfère se taire, en dépit de l’évidence. Picquart, tiraillé entre sa fidélité à l’armée et sa conscience, tente par tous les moyens de faire éclater la vérité, au péril de sa vie.

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Le pot de terre contre le pot de fer ou comment lutter face à une institution qui refuse d’admettre l’évidence ? C’est un peu la trame de J’accuse dans laquelle on découvre un Jean Dujardin plutôt convaincant mais surtout assez bien désarmé face à sa hiérarchie. Cette dernière ne tarde pourtant pas à être informée d’une possible erreur dans le jugement fait à Dreyfus. Les documents falsifiés ou qui disparaissent comme par enchantement, les témoins-clé qu’on n’interroge pas… l’armée française préfère opter pour le déshonneur plutôt que de se remettre en cause.

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Ce sentiment est perceptible tout au long du film et il est conforté par un autre « sentiment », tout aussi désagréable : l’antisémitisme. Dreyfus, pour la Grande muette, c’est le coupable idéal, celui qui a trahi la patrie, c’est un ennemi de l’intérieur qu’il convient d’éliminer. Une façon assez cynique et implacable pour les généraux – guidés par leurs préjugés – de masquer une incompétence certaine et refuser tout le moindre esprit critique. Non, il est inconcevable que l’armée se trompe et celui qui ose dire le contraire, est – forcément – un adversaire, Picquart le saura à ses dépens.

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Annoncé depuis décembre 2018, J’accuse devait permettre de donner au cinéma français, un « grand film » consacré à une affaire qui fracturé la France entre dreyfusards et antidreyfusards. Qui plus est, sa programmation était « bienvenue » dans un contexte où l’antisémitisme reste vif même s’il est de plus en plus dénoncé, ce qui est en soi salvateur. Toutefois, malgré de bonnes intentions, le film souffre de quelques lenteurs et expédie un peu trop vite (petit divulgâchage, désolé !) un élément important à mon sens de l’Affaire Dreyfus à savoir, l’acquittement de l’ancien capitaine, sans oublier les oppositions au sein de la société française entre partisans de Dreyfus et adversaires acharnés, oppositions qui ont eu lieu jusqu’au sein des familles même ! Si vous vous rappelez de vos années lycée, vous n’avez sans doute pas oublié la fameuse caricature de Caran d’Ache, parue dans Le Figaro en 1898. Tout comme les caricatures antisémites qui étaient légion dans la presse et qui apparemment ne posaient aucun problème !

Résultat des courses, J’accuse, malgré un bon Jean Dujardin, un Louis Garrel plus vrai que nature et le reste d’une distribution de premier ordre, est partiellement convaincant. Intéressant mais pas non plus transcendant. Un film qui sera utile en cours d’Histoire pour évoquer l’Affaire Dreyfus… sauf si certains (et c’est leur droit) refuseront de le montrer en raison du réalisateur !

J’accuse

Un film de : Roman Polanski

Pays : France

Avec : Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Hervé Pierre, Mathieu Amalric, Denis Podalydès…

Genre : Thriller, Drame, Historique

Durée : 2h12

Sortie : le 13 novembre

Note : 12/20

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