Je suis (quand même) allé voir le dernier Polanski

Il y a seulement cinq semaines, Marion, June et moi-même avions débattu – dans un article commun – à propos de la question : faut-il séparer l’artiste de l’homme ?

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Collectif de féministes devant le cinéma « El Chapo » lors de l’avant-première (annulée) de « J’accuse » de Roman Polanski, le 12 novembre dernier

Une question épineuse qui n’en finit pas diviser les uns et les autres et qui ressurgit à l’occasion d’une nouvelle affaire Polanski. Alors que ce dernier sort son nom nouveau film J’accuse, le réalisateur franco-polonais est accusé d’agression sexuelle et de viol sur Valentine Monnier, une actrice de 18 ans à l’époque des faits en 1975. Si le cinéaste brille par son silence, ses détracteurs sont vite mobilisés, ses partisans aussi bien qu’embarrassés pour certains. Ainsi, en début de semaine, plusieurs associations féministes ont fortement perturbé une des avant-premières parisiennes au point que la séance fut purement et simplement annulée. De l’autre, des personnalités comme Thierry Frémiaux, le directeur du Festival de Cannes, Costa-Gavras, Christine Deneuve et même Nadine Trintignant ont publiquement (ré)affirmé leur soutien sans faille à Polanski. Cette nouvelle polémique n’a visiblement pas eu de conséquence sur l’exploitation du film en salles puisque J’accuse a réalisé un très bon démarrage avec 13 000 entrées (dont 3 110 à Paris), le jour de sa sortie, malgré une promotion avortée. En effet, les principaux acteurs du film, comme Jean Dujardin, ont préféré décliner les invitations des différents plateaux télé.

Faut-il aller voir le dernier Polanski, le film d’un homme une nouvelle accusé de viol ? Certains ont d’ores et déjà répondu à la négative comme Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui a déclaré qu’elle n’irait pas voir J’accuse par principes. Même son de cloche pour Sibeth NDiaye, la porte-parole du gouvernement, tout en précisant qu’elle n’appelle pas au boycott du film. Une position que certains regrettent, voire rejettent tant ils la jugent timorée, voire hypocrite.

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Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski

Je ne suis pas un fan invétéré de Roman Polanski, j’ai, au juste, regardé certains de ses films dont l’excellent Le Pianiste. Cinéaste de talent, reconnu par ses pairs, l’homme n’en reste pas moins controversé d’autant que ce n’est pas la première fois qu’il est accusé de viol. Certains n’hésitent pas de (lui) rappeler ses démêlés avec la justice américaine qui le poursuit pour le viol d’une mineure de 13 ans, Samantha Geiner, un fait qu’il récuse – il ne reconnait qu’une relation sexuelle – tout en refusant de se rendre aux Etats-Unis, pays qu’il fuit depuis plus de 40 ans désormais.  Aussi, lorsque la nouvelle affaire Polanski a éclaté, nombreux sont celles et ceux qui tout simplement appelé au boycott pur et simple du film. Pour ces derniers, aller voir J’accuse, c’est tout simplement cautionner les agissements supposés du réalisateur franco-polonais et faire comme si rien ne s’était passé. L’homme ne doit pas être dissocié de l’artiste, qu’importe que ce dernier fait réalisé des œuvres notables, encensées par la critique et le milieu.

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Samantha Geiner (ici âgée de 13 ans) en 1977.

Pour être honnête, je ne me suis pas posé de question au moment de la sortie du film et c’est en connaissance de cause que je suis parti voir ce long-métrage, non pas en raison de Polanski mais tout simplement parce que le sujet de son nouveau projet m’intéresse. Je n’en oublie pas les ennuis judiciaires du franco-polonais et le fait qu’il devra un moment ou un autre s’expliquer. Tout comme je n’oublie pas la présomption d’innocence qui, on le veut ou non, existe et qu’il convient de respecter dans un Etat de droit. Tout comme il est essentiel d’écouter les accusations de Valentine Monnier, c’est sans doute un des effets salvateurs du mouvement #MeToo.

Les spectateurs qui sont allés voir (ou qui iront voir) J’accuse ne sont pas nés de la dernière pluie et savent très bien ce qu’il en est de Roman Polanski. Comme je l’avais précédemment indiqué dans l’article collaboratif, si l’homme est condamnable voire à vomir (notamment dans le cas d’Harvey Weinstein), condamner l’artiste est d’une facilité débordante, comme si ce dernier n’était plus du jour au lendemain, niant au passage son travail, histoire de se dire qu’il n’a jamais existé.

Sujet difficile qui n’en finit plus de couler de l’encre !

3 commentaires sur “Je suis (quand même) allé voir le dernier Polanski

  1. Présomption d’innocence oui, pour de nombreuses accusations à son encontre, mais il serait incongru d’oublier qu’il a effectivement été condamné à l’époque pour le viol de Samantha Geiner.
    C’est ce qui me dérange le plus dans ce que je lis depuis quelques jours, on oublie trop facilement que Polanski a été condamné avant de fuir en France, profitant du fait que la France n’extrade pas ses ressortissants, quand bien même la prison l’attend dans un autre pays.
    Cet « oubli » par ses soutiens les plus médiatiques tant à le mettre dans la case de l’homme accusé par le « tribunal populaire », et c’est assez déprimant car il n’en est rien.

    Sinon, à titre personnel j’ai décidé de ne pas aller voir le film car non seulement je ne souhaite pas contribuer au succès de cet homme, mais aussi je suis mal à l’aise avec l’idée que Polanski puisse se comparer à Dreyfus (comme il le sous-entend lui-même dans le dossier presse). Mais je ne suis pas pour autant un promoteur du boycott, chacun est bien libre d’aller voir ce qu’il veut !

    Mis à part ça, c’est intéressant de voir au travers de ce billet ce qui motive ta décision d’aller le voir !

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    1. Le cas Polanski est complexe et effectivement, il a été condamné par la justice mais il me semble qu’un arrangement (comme il s’en fait assez souvent aux Etats-Unis) avait été passé avec le juge notamment celui de quitter les Etats-Unis en échange d’une courte peine de prison. Attention, je ne défends pas Polanski, j’expose des faits mais on est d’accord que sur le plan moral, c’est plus que limite !

      Si j’ai décidé d’aller voir « J’accuse », c’est juste pour le sujet qu’il évoque. Maintenant, on est aussi d’accord que si Polanski se compare à Dreyfus, c’est tout simplement grotesque. Et en cela, les propos de Nadine Trintignant sont lunaires et incompréhensibles !

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      1. Il n’y a pas eu d’accord, il avait été libéré de sa peine de 90 jours après une quarantaine, pour bonne conduite, avant que le juge -sous la pression de l’opinion public, la peine initiale étant bien en deçà des « standards » pour ce qui lui était reproché- propose à Polanski de retourner en prison finir sa peine initiale (des 90 jours) en s’engageant à quitter les US après celle-ci.
        Polanski craignait que la peine soit largement augmentée une fois qu’il serait retourné en prison, suite à de nouveaux soupçons, et s’est de suite enfuit en Europe. Il y a depuis un mandat d’arrêt international qui pèse sur sa tête, mais la France n’extrade pas ses ressortissants alors il ne sera jamais arrêté ici malgré le mandat d’arrêt (quant à la Suisse, à part l’assigner à résidence quelques temps dans une maison luxueuse…)

        C’est bien pour ça que je regrette qu’on oublie ce bout de l’histoire. On voit beaucoup de gens réclamer que « la justice fasse son travail » quand des femmes parlent sur les réseaux sociaux, mais ici il y a bien eu une condamnation et pourtant on voit encore des gens bien connus (critiques cinéma, cinéastes…) parler de présomption d’innocence pour disculper Polanski, comme s’il était seulement « accusé ».

        Quant aux propos de Nadine Trintignant, c’est effectivement lunaire, même si j’ai du mal à y accorder beaucoup d’attention ; elle a vécu quelque chose de si horrible avec sa fille, j’ai bien du mal à la juger.

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