Cinéphiles au féminin : 5# Lily alias Lilylit

52694966_2441774102560349_4496689776610508800_nJe vous avais annoncé cinq entretiens dans le cadre de mon carnet estival où je donnais la parole à des blogueuses afin qu’elle me donne leur avis et vision du cinéma, à travers leurs témoignages et expériences. Initialement, tout était calé avec un dernier entretien programmé fin août. Malheureusement, la cinquième blogueuse que j’avais contacté a finalement préféré se retirer du projet, ce que je respecte. C’est après quelques recherches que j’ai demandé à Lily alias Lilylit de se coller à l’exercice, tout en veillant à son anonymat, ce que je respecte également. Pour info, elle est suivie par 462 personnes sur sa page Facebook, et près de 600 personnes sur Twitter. Après avoir crapahuté sur la chaîne des Puys en Auvergne et avant d’aller voir – je l’espère ^^ – le dernier Klapisch, je vous invite à lire cet entretien engagé aux réponses pertinentes.

Son blog : lilylit.wordpress.com

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Son compte Twitter

Tout d’abord présente-toi en quelques mots.

Sur la Toile on m’appelle Lily, j’ai 29 ans. Dans la vie je travaille autour de l’édition, du numérique et de l’éducation, et le reste du temps je me consacre à mon blog culturel Lilylit, où je parle essentiellement de cinéma et de littérature depuis 2013.

Quand as-tu contracté le virus de la cinéphilie ?

Je n’ai pas LE souvenir du premier film vu au cinéma ou du premier choc esthétique, hélas. Je crois que mon premier film préféré « d’adulte » a été L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, vu à l’âge de Scarlett Johansson dans le film. J’ai baigné dans un milieu culturel depuis toujours, mon papa est passionné de cinéma (et ma maman de littérature). Les chiens ne font pas des chats !

Selon toi, le cinéma est-il féminin ou masculin ?

Je crois que le cinéma n’a pas de genre. Chacun crée ou reçoit une œuvre avec sa propre sensibilité. Par contre je pense qu’il y a des vécus différents, en tant qu’homme ou femme (ou identifié comme tel/le par la société) qui nous façonnent et nous font percevoir le monde différemment.

En 2017, le monde du cinéma (mais pas seulement) a été bousculé par l’affaire Weinstein. Deux ans après, a-t-on, selon toi, véritablement tiré les conséquences de #BalanceTonPorc et d’autres mouvements tels que #MeToo ? Des progrès sont-ils encore à faire ?

Il reste clairement des progrès à faire ! Concernant les personnes qui ont commis des choses intolérables comme des agressions ou du harcèlement, je n’ai pas l’impression que le milieu ait tant que ça évolué. Il y a toujours des tas de personnalités notoirement problématiques qui sont accueillies en grande pompe partout et quand j’entends Catherine Deneuve dire qu’il faut considérer [Roman] Polanski uniquement comme un cinéaste, ça me donne envie de donner un grand coup de pied dans cette fourmilière. Et il vient encore d’être primé à Venise ! À mon avis le monde du cinéma n’est pas près de véritablement changer tant qu’on protège les personnes qui abusent de leur pouvoir ou de leur célébrité.

Quant à la place des femmes professionnellement, on voit quelques avancées, par exemple le nombre de réalisatrices nommées à une compétition comme le Festival du cinéma américain de Deauville cette année. Mais il ne s’agit pas que de parité dans les nominations, il faut vraiment s’interroger sur la raison du faible nombre de femmes qui réussissent à faire une carrière alors qu’au départ dans de nombreuses filières elles sont autant à tenter leur chance que les hommes (à la Fémis par exemple il me semble que c’est environ 50/50). Il faut encourager les créatrices, les techniciennes, les critiques, les aider à prendre la place qu’elles méritent autant que les hommes.

Y a-t-il une façon « féminine » de voir et de critiquer des films ?

Comme je le disais, je pense que chacun perçoit le monde, et les films aussi, avec son propre vécu. En soi ça ne veut pas dire qu’il y a une façon « féminine » de voir les films et d’en parler, mais je pense que bien connaître certains sujets aide à mieux comprendre et disséquer les représentations.

En ce qui me concerne, mon engagement féministe et LGBT influe sur ma façon de voir le monde, donc de voir les films. Je vais être sensible aux représentations des personnes LGBT, s’il y a des confusions ou des choses vraiment gênantes dans un film à ce sujet, ça va me frapper. De même, la représentation des rapports homme-femme au cinéma est quelque chose qui me tient à cœur, donc je vais analyser ça particulièrement. Par exemple, j’ai beaucoup aimé Le Redoutable que j’ai découvert récemment, parce que je le trouve extrêmement juste dans sa manière d’aborder la relation toxique. J’imagine que des personnes moins directement concernées par ces sujets vont avoir une lecture différente des œuvres ; ce sont sans doute d’autres aspects qui seront mis en avant dans leurs critiques.

Comment imagines-tu le cinéma dans 10 ans ?

J’ai à la fois des raisons d’être pessimiste et optimiste. D’un côté, je me méfie énormément de l’essor des plateformes de streaming, je les vois comme ce qu’est Amazon pour le monde du livre, c’est-à-dire des géants préoccupés uniquement par les aspects économiques et qui sur le fond n’ont aucun sens artistique et aucune éthique. Ça m’inquiète aussi de voir les difficultés de distribution : que Mars Films abandonne cet aspect de son activité pour se concentrer sur la production par exemple, ça me soucie. Et que des grands films n’arrivent chez nous qu’en e-cinema, c’est assez grave aussi (j’ai l’exemple d’Equals qui me vient, ce film aurait tellement mérité l’expérience de la salle !).

En revanche je suis ravie de voir qu’on assiste à un renouvellement du cinéma, en particulier français, qui explose les frontières des genres avec des œuvres audacieuses. Je pense qu’il y aura plein de films d’auteurs (et d’autrices !), pas forcément réalisés avec beaucoup de moyens mais avec beaucoup d’envie et de créativité. On en a déjà pas mal sur les dernières années, comme Sur quel pied danser, Grave, Ava, L’Heure de la sortie, Perdrix… Ça, c’est vraiment ce qui me donne de l’espoir pour le cinéma de demain.

Situation : on te donne carte blanche pour rénover en profondeur le cinéma français. Par quoi tu commencerais et pourquoi ?

Déjà, je commence par crier haut et fort mon amour du cinéma français ! J’ai une vraie passion pour notre culture et je trouve notre cinéma riche, divers et formidable. Quand j’entends toutes les critiques à son encontre, ça me met hors de moi.

Je ne suis pas très au fait des processus de financement mais clairement je m’attacherais à sauver les « films du milieu » qui ont tendance à se retrouver en difficulté, et je favoriserais les premiers films et les projets audacieux. Je travaillerais sur la distribution et surtout sur la communication ! Je voudrais vraiment que le grand public entende parler d’autre chose que des Tuche et de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu. Je ne crois absolument pas que les Français/es puissent n’aimer que ça, je pense qu’ils/elles vont voir ce dont les médias leur parlent, ce pour quoi on fait de la pub ou qui est valorisé à la télévision. Donc il y a un travail de communication à faire, probablement d’éveil et de pédagogie aussi. Évidemment ça passe également par les tarifs qui sont parfois prohibitifs et qui peuvent freiner la curiosité des spectateurs/trices. Il faut donner envie aux gens de voir plein de films, et des films variés, originaux, pas formatés. Je suis pleine d’espoir là-dessus, et d’ailleurs c’est la raison d’être de mon blog, donner envie aux gens de découvrir des œuvres et de faire preuve de curiosité !

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