Une pluie sans fin : moments charniers ?

3091642.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxC’est un film noir assez particulier que j’ai eu la chance de découvrir. Un film assez anxiogène, sans être pour autant (très) oppressant et qui met assez bien en lumière un aspect assez peu connu de la Chine. Une Chine rurale qui s’apprête à vivre d’importantes mutations et dans laquelle, les plus modestes peinent toujours à trouver leur place, voire à s’élever socialement.

Nous sommes en 1997, à quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, province britannique, à la République populaire de Chine. Il s’agit là d’un événement majeur qui touche l’ensemble des Chinois, notamment ceux qui vivent dans les campagnes reculées et isolées des grandes mégalopoles du pays. Dans le sud, Yu Guowei est chargé de la sécurité dans une usine. Il est présenté comme un employé modèle. Sa vie est cependant bouleversée lorsqu’au même moment un tueur en série s’en prend à plusieurs femmes, retrouvées sauvagement assassinées. L’enquête piétine et Yu décide de mener lui-même la traque. La recherche du meurtrier se transforme en véritable obsession, elle devient même sa raison d’être.

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La Chine a plusieurs facettes et son cinéma arrive avec une certaine habileté, à le retranscrire. Avec habileté en effet car on ne peut s’empêcher au régime communiste qui a, parfois, la main assez lourde lorsqu’il s’agit de censure. Pourtant, le long-métrage de Dong Yue met en avant une réalité sociale implacable, celle d’un milieu ouvrier et paysan éloigné de la croissance chinoise, croissance qui sera bientôt dopée par le retour de Hong-Kong, véritable poule aux yeux d’or. C’est d’ailleurs le rêve de certains dont Yanzi, une coiffeuse qui rêverait de s’installer la future ex-colonie britannique. 1997 n’est pas d’ailleurs choisie au hasard. Comme le rappelle Dong Yue, il s’agit d’une année charnière dans l’histoire économique et sociale du pays. De nombreuses entreprises d’Etat jugées peu rentables sont fermées, ce qui constitue un choc pour de nombreux travailleurs qui pensaient que leur gagne-pain serait garanti à vie par le régime communiste. Cette nouvelle donne et Hong-Kong modifient durablement les relations sociales dans l’Empire du milieu.

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C’est dans ce contexte que notre personnage principal, Yu, enquête sur la mort de ces jeunes femmes et il en fait un point d’honneur à élucider cette affaire. Une manière de dire « là où la Police (comprenez l’Etat) échoue, moi, simple ouvrier, moi qui rêvait de devenir policier et changer de statut, je peux réussir, je serai enfin reconnu ». Résoudre ces crimes en série, c’est d’une certaine manière, sortir de sa condition sociale, ce qui n’est pas sans conséquences, surtout pour lui.

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Malgré un rythme plutôt lent, on est assez vite embarqué dans ce film qui a les apparences d’un thriller (et qui en est un en réalité) mais qui évoque bel et bien un drame social, ce tournant dont j’ai parlé, symbolisé par le retour de Hong-Kong, la fin étant là pour en témoigner.

Une histoire, bien que chinoise, qui est au final universelle, ce qui explique sans doute les nombreuses distinctions qu’a reçu le film.

Une pluie sans fin (暴雪将至)

Un film de : Dong Yue

Pays : Chine

Avec : Duan Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan, Zheng Wei, Chuyi Zheng…

Genre : Thriller

Durée : 1h59

Sortie : le 25 juillet

Note : 16/20

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