« Noire n’est pas mon métier »

34070927_804918716370121_8711264441699663872_nParlons bouquin (en lien avec le cinéma, bien évidemment ^^)

Elle avaient fait sensation en montant les marches lors du dernier Festival de Cannes. Seize femmes – toutes générations confondues – qui étaient venues délivrer un message simple et qui devrait être une évidence : elles sont actrices et noires, mais actrices par dessus-tout.

Auparavant, Aïssa Maïga avait invité ses collègues (et sans doute amies) à venir témoigner de leurs expériences, diverses et surtout variées, à travers un livre pour le moins étonnant et parfois affligeant. Seize histoires où se mêlent anecdotes, incompréhension, blessures parfois mais également espoir.

Noire n’est pas mon métier raconte les dessous pas forcément glamour du cinéma quand on est une actrice noire. Entre le directeur de casting qui ne vous propose que des rôles-types (comprenez la mère de famille seule, la putain ou encore la racaille de banlieue), celui qui vous demande si vous pouvez faire « l’accent africain » (comme s’il était un accent africain typique, enfin passons !), voire si vous pouvez le parler (cette personne a du sans doute confondre avec l’afrikans, une variante du néerlandais en Afrique du Sud, mais oublions !), celui qui vous écarte parce que vous ne faites pas assez blanche ou pas assez noire, sans oublier celui qui a des mains plus que baladeuses (parce qu’une femme, noire qui plus est, est forcément facile et « open »)… les comédiennes interrogées nous livre une vision sans concession, sans pour autant tomber dans le règlement de compte ou la vendetta.

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Le collectif (mené par Aïssa Maïga avec Nadège Beausson-Diagne, Mata Gabin, Maïmouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Sara Martins, Marie-Philomène Nga, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré et France Zobda) montant les marches lors du Festival de Cannes, le 16 mai dernier

Car – et c’est toute la force du livre – Noire n’est pas mon métier se veut comme une prise de conscience. Une prise de conscience sur notre société qui peine à la fois à accorder la place et le respect que méritent les femmes mais aussi à incarner à l’écran cette France aux origines multiples. Tout est question de représentation en effet, et comme le rappellent subtilement le collectif, certains de nos compatriotes ont encore du mal à se sentir représentés, surtout lorsque cette dite représentation ne reflète pas la réalité. Par exemple, là où dans notre pays, il est de moins en moins rare de trouver des responsables politiques, des médecins ou bien encore des professeurs noirs, il est encore fréquent de trouver des rôles stéréotypés plus ou moins agaçants, quand le producteur n’oublie pas carrément de citer tel ou tel acteur à l’affiche. Pierre Nzonzi en sait quelque chose, lui qui pourtant était sur l’affiche des Visiteurs – La Révolution en bonne place aux côtés de Marie-Anne Chazel ! Et il fut de même pour Aïssa Maïga qui elle fut carrément absente de l’affiche de son propre film, sous le prétexte que « l’acteur principal était célèbre et pas elle » alors qu’on ne serait pas posé la question s’il s’agissait d’une blonde (de préférence à forte poitrine), d’autant plus lorsqu’on incarne un couple dans l’histoire !

Ces histoires et autres détails résument assez bien le rapport encore biaisé que certains ont avec nos compatriotes noir(e)s dans le monde merveilleux ( ?) du septième art, soulignant au passage le retard assez manifeste avec les Etats-Unis où les Denzel Washington, Eriq La Salle, Will Smith ou encore Halle Berry sont clairement une référence pour certaines populations. Au-delà, des cinéastes noirs émergent et tirent leur épingle du jeu à l’instar de Ryan Coogler ou encore Jordan Peele qui, sans être forcément, dans le « black power », propose un regard différent et incisif sur le monde dans lequel ils vivent, ce qui fait vivre le débat (pas toujours simple, je vous l’accorde !) de l’autre côté de l’Atlantique. Mais si le tableau peut être sombre, une note d’espoir subsiste lorsqu’on lit les témoignages d’Assa Sylla ou encore de Karidja Touré, toutes deux remarquables dans Bandes de filles. Même si on peut regretter que les choses n’avancent que trop lentement, elles avancent quand même et Noire n’est pas mon métier y contribue largement, à sa manière !

Un livre qui pose les bonnes questions sans être dans une logique de règlements de comptes et qui nous rappelle effectivement une chose : elles sont actrices, noires, mais actrices avant tout ! (Et que leur place est tout à fait légitime !)

Noire n’est pas mon métier, édition du Seuil, 2017, 117 pages, 17 euros

[BONUS] Retrouvez l’entretien d’Aïssa Maïga et de Nadège Beausson-Diagne dans le Soir 3 du 5 mai dernier à l’occasion de la sortie du livre deux jours auparavant

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