La Belle et la meute : pour que la honte change (enfin) de camp !

133000Parler du viol. Un exercice toujours délicat et compliqué au cinéma. Sujet sensible, les spectateurs que nous sommes ne peuvent être que mal à l’aise. Pourtant, le grand écran peut servir de vecteur pour faire évoluer les consciences et surtout agir.

Autant dire que La Belle et la meute arrive point nommé (si j’ose dire) en pleine affaire Weinstein et au moment où les langues se délient. Si le viol est une épreuve épouvantable en soi, c’est l’après qui est aussi difficile, voire insupportable à vivre, notamment lorsqu’on se décide à aller porter plainte.

C’est cette triste expérience que vit Mariam. Nous sommes en 2011, en Tunisie, peu de temps après la Révolution de Jasmin qui a renversé le régime de Ben Ali. Cette femme de 21 ans participe à une soirée organisée par son université. Elle y fait la connaissance de Youssef. Très vite, ils sympathisent et se rapprochent. Peu de temps après, le couple se fait arrêter par des policiers sur la plage. Mariam se fait violer par les forces de l’ordre. Elle veut porter plainte. Sans se douter une seule seconde que sa démarche ne se fera pas sans heurts et surtout sans résistance. Commence pour elle, un véritable parcours du combattant pour se faire entendre et surtout être reconnue.

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Peu de femmes décident de porter plainte et dénoncer leur violeur. Piqure de rappel essentielle surtout lorsqu’on comprend la situation dans laquelle la jeune étudiante doit face. Dans la Tunisie post-Ben Ali, Mariam doit affronter la froideur de l’administration qu’elle soit hospitalière que policière. L’institution est implacable, se distingue par son manque de compassion et de victime, Mariam passe en réalité coupable. Coupable de s’être faite violer, coupable de s’être habillée en tenue non conforme diront certains. Pire, alors qu’elle souhaite porter plainte dans un commissariat, les officiers refusent son dépôt et l’invite de se rendre au commissariat où le viol a été commis. Donc de faire face à ses agresseurs.

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Mariam est un animal traquée par ses violeurs et harcelée par une administration qui fait tout pour la faire renoncer. A bout psychologiquement, quasi-seule, n’ayant que pour soutien celui de Youssef, elle devra faire preuve de détermination et compter sur sa résilience pour faire valoir ses droits. S’imposer dans un monde d’hommes où le corporatisme fait légion. Après tout, il serait très mal vu que dans cette nouvelle Tunisie, la Police soit au cœur d’un scandale !

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Tournée en neuf plan-séquences, le film de Kaouther Ben Hania nous plonge dans l’enfer vécu par cette jeune femme dans la nuit tunisienne. Une véritable claque pour celles et ceux (surtout ceux en réalité) qui douteraient encore de la réalité du viol. Car ce qui est le plus terrible, c’est bien l’après.

Il est vraiment temps que la honte change de camp ! 

La Belle et la meute

Un film de : Kaouther Ben Hania

Pays : Tunisie

Avec : Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly Arfaoui…

Genre : Drame, Policier

Durée : 1h44

Sortie : le 18 octobre

Note : 16/20

 

[BONUS] Découvrez l’interview de Mariam Al Ferjani, l’actrice principale du film qui revient sur l’expérience du film lors du dernier Festival International du Film Francophone de Namur (Belgique) qui s’est tenu du 22 septembre au 9 octobre dernier

 

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