181477Michael Haneke fait un cinéma particulier, apprécié chez certains, incompréhensible pour d’autres. Je l’ai découvert il y a quelques temps en regardant Amour, lauréat de la Palme d’Or en 2012. Si l’histoire était magnifique, il fallait cependant bien s’accrocher tant le rythme était lent et l’atmosphère plutôt voire carrément déprimante.

Happy End n’échappe pas vraiment à la règle. Le réalisateur autrichien nous invite cette fois à la rencontre d’une famille bourgeoise vivant à Calais, sur fond de crise des migrants. On a le patriarche de bientôt 85 ans qui semble désabusé de la vie, sa fille, Anne, qui gère l’entreprise de BTP et son fils, Thomas, chirurgien à Lille qui récupère la garde de sa fille, Eve, depuis sa mère est à l’hopital. Il s’est remarié et a même un fils, ce qui ne l’empêche pas de tromper sa nouvelle épouse qu’il considère frigide. Sans oublier le fils d’Anne, un jeune homme blasé, qui pense être une loque et qui ne supporte plus tellement son milieu social et qui ne souhaite clairement pas diriger la société.

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Très vite, Michael Haneke nous met dans l’ambiance avec une scène d’ouverture pour le moins original mais également cruel. Eve fait une vidéo de sa mère enfin de faire sa toilette avant de dormir, juste après l’avoir empoisonnée. Mais curieusement, cela ne semble affecter davantage la jeune adolescente comme si elle était totalement absente. Même attitude lorsqu’elle rejoint la famille de son père où chacun semble se préoccuper de soi et peu des autres. On se cache, on joue la parfaite comédie du bonheur alors qu’en réalité, personne n’est (vraiment) heureux et tout le monde semble se mépriser. Mais plutôt que de dire les choses, on se contente de trouver les apparences. Ce qui se passe chez les Laurent reste chez les Laurent et tout doit rester en l’état.

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Happy End est un titre au relent cynique et ironique visant à dézinguer les bourgeois et leur côté faux, toc, hypocrite. Le cadre était donc tout trouvé pour faire dans la satire et la comédie. Mais voilà ! Haneke fait du cinéma sérieux, intellectuel et cela se ressent ! Pas d’accompagnement musical, des répliques fades et surtout un film qui est impressionnant de par son manque de rythme. Bien dommage lorsque plusieurs thèmes sont intelligemment exploités par le cinéaste comme notre rapport aux réseaux sociaux par exemple. Plutôt que de dire les choses, on préfère les écrire ou les partager sur Facebook et communiquer ainsi sur notre malheur ou mal-être avec des « inconnus » plutôt qu’avec ses proches, comme le montre très bien le cas d’Eve mais aussi de son père. Et si les acteurs fétiches d’Haneke qui sont Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant sont là, ce n’est sans doute pas anodin quant à l’ambiance géniale (j’ironise) qui pèse durant 1h47. On s’ennuie, on baille et on manque de s’endormir et je me demande encore comment j’ai pu réussir à rester alerte du début à la fin !

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En clair, Happy End est le genre de film qui se retrouvera sur France 3 ou Arte. Si vous êtes fan d’Haneke et/ou vous n’êtes pas dépressif, il est pour vous !

Happy End

Un film de : Michael Haneke

Pays : Autriche

Avec : Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, Franz Rogowski, Toby Jones…

Genre : Drame

Durée : 1h47

Sortie : le 4 octobre

Note : 7/20