Une histoire de fou : l’Arménie et le génocide au cœur

385372Il existe des histoires qui traversent des générations. Des blessures aussi. Dans les deux cas, réside l’irrésistible envie, volonté de ne pas oublier, de faire vivre la mémoire, par tous les moyens et aux conséquences le plus souvent inattendues.

C’est la trame centrale du nouveau film de Robert Guédiguian qui nous retrace une histoire contemporaine de l’Arménie à travers une communauté, une famille et trois époques. En 1921, Soghomon Thelirian, un Arménien rescapé du génocide de 1915, assassine l’un des principaux responsables, Talaat Pacha, à bout portant en plein Berlin. Jugé par un tribunal populaire, Thelirian sera acquitté. Soixante ans et deux générations plus tard, Aram, une jeune marseillais considérant que ses aînés ont tourné le dos à la cause arménienne, est impliqué dans l’attentat perpétré à l’encontre de l’ambassadeur de Turquie en France. Gilles, un interne en médecine qui passait par là, est grièvement blessé. Paralysé des jambes, Gilles cherche à comprendre ce qui s’est passé et pourquoi il se retrouve mêlé à cette histoire, tandis qu’Aram est en fuite, parti rejoindre la lutte armée à Beyrouth.

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Une histoire de fou porte avant tout la question de la mémoire et de l’oubli. Comment faire pour le martyr d’un peuple, d’une communauté ne tombe pas en désuétude, notamment face à l’Histoire et à sa réécriture ? Le film met en opposition deux stratégies, ou plutôt bien de vue : la génération d’Aram, cette jeune génération qui non seulement ne veut pas pardonner mais souhaite reprendre le flambeau de leurs ancêtres, inspirée par le geste de Soghomon Thelirian. Une génération exaltée qui veut que justice soit rendue pour la communauté arménienne et donner coup pour coup aux Turcs, même si cela implique la violence et la lutte armée. De l’autre, la génération représentée par le père d’Aram, installée à Marseille depuis plusieurs décennies. Il ne rejette pas le génocide mais souhaite en même temps tourner la page, aller de l’avant.

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C’est justement cette attitude qu’Aram rejette catégoriquement reprochant à son père d’avoir baissé les bras. Très attaché à ses origines, il veut avant tout que le génocide ne tombe pas dans l’oubli et l’indifférence. C’est en cela que Gilles occupe un rôle central. Présent au mauvais endroit, au mauvais moment, Gilles fait partie de ces Français lambda qui, à l’époque, ne connaissait rien du génocide et connaissait encore moins l’Arménie et le combat de son peuple. Meurtri et marqué à jamais par cet attentat, Gilles cherche malgré son ressenti à comprendre. Un travail personnel qui non seulement l’aidera à se reconstruire mais qui le rapprochera progressivement de la famille d’Aram et d’Aram lui-même.

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La thématique du film, sans compter son ambiance et sa durée pourraient en faire fuir plus d’un. Mais c’est sans compter sur l’interprétation comme toujours géniale d’Ariane Ascaride qui incarne la mère d’Aram et qui fait le pont entre son fils et Gilles, entre le bourreau (malgré lui) et la victime (malgré lui). La mère, comme trait d’union pour faciliter le pardon, ce qui donne au nouveau film de Robert Guédiguian une force et un intérêt majeurs.

Une histoire de fou

Un film de : Robert Guédiguian

Pays : France

Avec : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince Ringuet, Syrus Shahidi, Serge Avédikian, Robinson Stévenin…

Genre : drame

Durée : 2h14

Sortie : le 11 novembre

Note : 14/20

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