La loi du marché : les dessous (férocement) réalistes du monde du travail.

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067797Cannes, ce n’est pas uniquement les paillettes, c’est aussi l’endroit où on découvre des films poignants, engagés, et même révoltants.

Et d’après ce que j’en ai lu, le film de Stéphane Brizé n’est pas passé inaperçu tant c’est une claque, une vision réaliste du monde du travail, où la notion de dignité passe au second plan face à la dure loi du chacun pour soi et du Dieu pour tous.

La loi du marché raconte l’histoire de Thierry, 51 ans dont deux ans au chômage et bientôt en fin de droits. Après plusieurs rendez-vous à Pôle emploi, les impatiences de sa banque et des entretiens d’embauche tout aussi humiliants que lunaires, il finit par trouver un emploi de vigile dans un supermarché, bien loin de son précédent emploi d’ouvrier-cadre dans une entreprise de pneus. Se pose alors une question morale : pour garder nouveau travail, doit-il tout accepter y compris d’espionner ses collègues afin d’assurer la rentabilité du magasin ?

Le film pose cette question qui est un sacré dilemme pour le personnage principal : il fait un métier qu’il n’apprécie pas des masses, il est déclassé et découvre une atmosphère où les lois économiques et les impératifs de rentabilité prennent le pas sur la solidarité et l’humanisme. Le supermarché dans lequel Thierry travaille est une métaphore du marché du travail dans lequel les petits, ceux qui ne pèsent rien n’ont pas d’autres solutions que de survivre sous peine d’être mangés. Les employés sont des variables d’ajustement pour la direction qui doit faire du chiffre afin de satisfaire les actionnaires et tout est fait coincer certains d’entre eux et les convier à prendre la porte. Thierry fait le sale boulot, lui qui doit surveiller ces collègues mais également les clients qui auraient chapardé à l’insu de leur plein gré. Thierry fait le sale boulot et découvre bien souvent que derrière la personne qui vole, se cache une personne seule, un retraité qui n’a plus les moyens pour vivre correctement et qui s’est mis à voler de la viande par nécessité, de quoi se poser des questions sur le bien-fondé de ce boulot, surtout si elles sont contraires aux valeurs qu’on défend.

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Thierry fait le sale boulot mais il n’a pas le choix, lui qui a passé deux ans au chômage et qui arrive à retrouver un emploi, la cinquantaine passée. On comprend assez rapidement qu’il est le chef d’une famille modeste avec un fils lourdement handicapé mais dont il soutient de ses projets, notamment celui de réaliser ses études. Thierry doit faire vivre sa famille et a donc besoin de ce travail. Face à la détresse sociale qu’il côtoie tous les jours à son travail, on se dit qu’il aurait pu être, par exemple, à la place d’un de ses collègues qui récupère des bons de réduction (alors que c’est rigoureusement interdit !) tout simplement parce que cela lui permet de faire des économies et nourrir sa famille. Mais, il doit faire face à une autre réalité, la sienne.

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Une dure et implacable réalité à laquelle Thierry fait face et que Vincent Lindon interprète avec force et brio. Une fois encore, l’acteur français n’a pas failli à sa réputation et donne une autre dimension à ce film qui fait réfléchir. Il fait réfléchir sur un monde du travail qui, au lieu de donner une dignité aux gens, broient les plus faibles et met en concurrence ces derniers. On se bat pour (sur)vivre et on a plutôt intérêt à se taire, si on ne veut retourner à la case « chômage ». La loi du marché donne une vision très féroce et réaliste du monde du travail, où le fait même d’avoir un emploi ne permet plus d’éviter les effets de la crise et son signe le plus évident, la précarité.

Un film implacable qui a été très bien accueilli à sur la Croisette et dont on murmure que Vincent Lindon pourrait recevoir en récompense le prix d’interprétation masculine, lors de la cérémonie de clôture.

Et si le film recevait carrément la Palme d’Or ?

La loi du marché

Un film de : Stéphane Brizé

Pays : France

Avec : Vincent Lindon, Yves Ory, Karine de Mirebeck, Matthieu Schaller…

Genre : drame

Durée : 1h33

Sortie : le 19 mai

Note : 16/20

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