Les Magritte du cinéma (ou quand la Belgique veut se faire une place dans la cour des grands)

magritte du cinéma 2013

Samedi dernier, s’est tenue la troisième édition des « Magritte du cinéma », la cérémonie qui récompense les films et/ou productions belges de l’année précédente. Une édition 2013 qui a vu le triomphe de Joachim Lafosse pour son film « A perdre la raison » avec trois récompenses : celui du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice (pour la toujours très belle, Emilie Duquenne).

A leur tour, les Belges mettent à l’honneur leurs réalisateurs et producteurs dans une cérémonie encore confidentielle mais pleine d’ambition, avec un objectif clair selon les dirigeants de la fondation Magritte : « organiser une célébration sur le modèle des Césars français et des Oscars américains »

Contrairement à la France par exemple, l’industrie du cinéma belge n’a pas vraiment les moyens de ses ambitions et de son développement, la faute à un système institutionnel et politique complexe qui veut que les régions et communautés linguistiques du pays soient compétentes en matière de culture et de communication même si l’Etat fédéral peut mettre la main à la patte, afin de promouvoir le cinéma belge à l’étranger via la Taxe Shelter, une mesure fiscale permettant des exonérations et des avantages pour les entreprises. De ce fait, la coproduction reste un cadre souvent privilégié en Belgique, nombre de sociétés préférant s’associer avec des productions étrangères (notamment françaises) afin de limiter les risques mais également avoir plus de chances de trouver un distributeur à l’international. Qui plus est, il est à rappeler que la division linguistique a un impact non négligeable sur le cinéma belge, nombre de films flamands ayant parfois du mal à franchir la « frontière linguistique » et ainsi à se faire connaitre en Wallonie et/ou à Bruxelles. Un tel constat s’applique également à l’international et notamment en France où l’essentiel des films belges connus sont – à ma connaissance – francophones (ou tournés en langue française) et réalisés par des cinéastes francophones.

De fait, les Magritte du cinéma ont également pour ambition de promouvoir la culture cinématographique belge à l’étranger mais aussi dans le plat pays. Comme j’ai pu m’en rendre compte il y a quelques années quand je vivais à Bruxelles, bon nombre de films diffusés dans les salles de cinéma sont soit français soit anglophones (comprenez américain). Difficile dans ce flot pour les films belges de se distinguer et donc attirer un public « maison » malgré la qualité et la particularité de ce cinéma sans oublier des acteurs de premier plan comme Cécile de France, Jérémy Renier, Deborah François ou bien encore Bouli Lanners, bien que ces derniers tournent et ont de plus en plus de notoriété en France, pour les besoins de leur carrière.

Les Magritte doivent donc permettre à un public local de se réapproprier un patrimoine culturel majeur tout en affichant une certaine ambition. Encore faut-il que l’on donne les moyens aux cinéastes belges, ce qui suppose sans doute une politique culturelle ambitieuse à terme soutenant clairement les producteurs et cinéastes du plat pays. L’existence des Magritte est, à ce titre, un bon début.

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